Exposition 2011        
           
  Domestiquer,
apprivoiser,
s’approprier...
       
       
Florent Dubois
Eva Galtier
Amélia Lett
Thierry Liégeois
Bénédicte Thoraval
 
           
           
  Florent Dubois


Florent Dubois est né en 1990 à Besançon (25). Il a obtenu son DNAP aux Beaux art de Lyon avec félicitations
en 2011. Il vit et travaille à Lyon.


Le travail de dessin débute souvent par une sélection d'images sur internet me séduisant en me donnant envie de dessiner. Ces images mêlent kitsch onirique et formalisme tout en empruntant aux prospectus et à une esthétique du catalogue. Les images choisies m’interrogent, je ne connais pas réellement leur provenance, ni leur but, mais ce sont en général des images échappant à un classement de valeurs.
Je leurs accorde en revanche une valeur nouvelle qui vient de leurs capacités à stimuler l'imagination.
Décontextualisées de leurs origines et leurs rôles naturels oubliés, elles deviennent similaires à un artifice et se prêtent ainsi facilement à des jeux d'hybridations et de transformations.
J'essaie affectueusement de détourner ces objets de leur banalité paresseuse, de leur redondance et de jouer avec les présupposés qu'ils impliquent pour les ouvrir à l'intuition de déformations plastiques.
En domestiquant leurs codes de présentations et de fabrications je les transforme progressivement.
Le blanc y est très important et suggère que les figures dessinées sont creuses ou se vident progressivement et apporte une certaine gravité à des bibelots frivoles qui ne gardent que leurs traits les plus reconnaissables, évidées de toute part. Ces petites effigies semblent happées par des trous noirs ou recouvertes de taches colorées qui contaminent l'ensemble de la feuille.
Les couleurs sont « fraîches » (rose pâle, menthe à l'eau, vert fluo, jaune citron) et ravalent la façade
de ces objets endormis .
Cacher, recouvrir, tromper sont des principes que l'on retrouve dans beaucoup de mes dessins mais aussi dans les costumes et masques. C'est pourquoi, j'assimile les figures de mes dessins à des personnages qui traverseraient mes installations, réduits à une dernière apparition.
En les accrochant en ligne droite, j'essaie ainsi de créer un horizon de personnages qui passent du comique
au triste, de l'élégant au vulgaire, du kitsch au poétique, de l'opaque au brillant.

 

2011 Supplément Citron, 06 rue Viricel, 69003 Lyon
2010 Na zdrowie !, Spacekraft Pompadour, Lyon

 
           
   
 
       
Melting Kitty
50x70cm, 2011
 
           
  Eva Galtier

Eva Galtier est née en 1989 à Mazamet où elle a étudié jusqu’en 2007, date de son entrée au beaux artsde Lyon. Elle obtient son DNAP en 2010 et continue actuellement son cursus.
Parallèlement à ses études elle est présidente de l’association Mine de Rien, qui gère un lieu d’exposition visant à faire découvrir de jeunes artistes et à promouvoir l’art contemporain en milieu rural.


Aujourd’hui je travaille autour de la notion de domestication, du familier, du commun. Que ce soit dans la figure comme dans le style. Je travaille à partir d’objets populaires ou d’objets de collection dont j’extrais ou j’accentue une singularité. Je fais aussi des vidéos, qui plus que les objets, questionnent la présence, la matérialité de notre environnement.
Mes derniers projets sont plus centrés sur la question de la place des animaux dans notre environnement, quel rapport nous entretenons avec eux et comment l’art ou la culture peut jouer un rôle entre «nature et culture» par les systèmes de monstration.
Les rapports potentiels entre les objets et les sentiments, les hommes et les animaux mais aussi entre la forme et le sens sont des expériences que j’essaye de concrétiser .
L’animal interroge notre être au monde et met en évidence notre rapport à la monstration, à la contemplation. Dernièrement j’ai fait l’expérience de placer un animal vivant dans la salle d’exposition ce qui confronte le spectateur à une présence, un être vivant qui se soucie peu de ce qui est présenté, il nous replace dans notre rapport à l’exposition.
Ce que je retiens du travail avec et autour des animaux, c’est cette force de vie qui nous est en même temps familière et impénétrable. Nous pouvons les observer des heures, ils nous restent étrangement inconnus. Dans mes objets et mes images je cherche à recréer cette inquiétante étrangeté en jouant avec des figures qui se substituent à l’animal.
La domestication, c’est cette appropriation du monde qui nous entoure , comment à partir de quelque chose de commun (objets, imagerie,esthétique) on fait quelque chose qui nous est propre.
C’est une forme de maîtrise de notre environnement. Plus que dans l’apprivoisement, le lien créé est durable.Dans la domestication il y a une question d’hérédité, de lien qui se fait sur des générations.La question du génétique, du générationnel et du famillial est une sorte de fil conducteur de mes recherches.
Le chien est un des seuls animaux domestiqués, c’est pour cela que je lui porte une attention particulière. Je cherche à comprendre ce rapport d’interdépendance. Il nous interroge aussi car il est soumis à divers types de représentation qui vont du berger allemand en bronze au poster de labrador. Quels rapports émotionnels, quelques fois animistes, nous lient aux animaux comme à leur représentation?

2011 Nuit des Musées, La cour. Musée de la chasse et de la nature, Paris
Copie right, Musée des Moulages, Lyon
Les grand écrans du Numérique, Médiathèque de Vaise, Lyon
2007 A l’interieur, galerie Mine de rien, Mazamet

 
           
   
 
       
Beurk, capture d’écran 2011.
 
           
  Amélia Lett

Amélia Lett est née en 1988 à Montbéliard. Elle poursuit actuellement son cursus à L’Ecole Nationale des Beaux Arts de Lyon après y avoir obtenu son Diplôme Nationale d’Art Plastique en 2010.


Pour cette exposition mon travail développe l'idée de domestiquer non pas comme un savoir uniquement apporté de l'homme à l'animal mais comme un échange entre nos deux protagonistes. Je m'intéresse aux formes issues de la nature et du monde rural (alvéole, cardeuse , ruche, mésange...) que je transforme et décontextualise en les transposant dans des matières ou des échelles qui leur donne un nouveau statut. Je m'intéresse en parallèle au processus de fabrication de l'oeuvre, avec les imperfections et la singularité que cela implique.

Déviance, 2011
J'ai décidé de travailler sur les abeilles, leur système social et les formes qu'elles produisent. L'alvéole est la seule forme géométrique présente dans la nature. Cette forme a été reprise par l'homme pour ces qualités d'agencement et de surface.
J'ai longtemps dessiné ces hexagones et leurs différents agencement. De ces recherches formelles est née une sculpture de miroirs hexagonaux se déployant dans l'espace. J'ai donc reconstruit mes dessins en volume, en laissant dégénérer la forme, passant alors du mécanique à l'organique. Ces miroirs ont étés coupés à la main et donc ne s'emboitent pas précisément. Les miroirs tel un nid d'abeille installé là, dévient la lumière et jouent avec l'espace. Cette sculpture nous parle du fait main et d'une esthétique de l'erreur.

Sans titre, attente 2010
Quatre sculptures de porcelaine nous surplombent, diffusant une sorte de vibration, un drone.
Ces formes sont issus de planches de dessins scientifiques représentant des ovaires de reine abeille, ici à l'échelle 100/1. J'ai choisi cette forme car je la trouvais intrigante et je voulais révéler cette partie mystérieuse habituellement cachée. Ces ovaires, formes repoussantes, deviennent une fois produits en porcelaine des objets séduisants. Ces transformations ont permit d'en faire des objets autonomes qui, détachés de leur signifcation première deviennent attirants et plaisant à l'oeil. La question du monstre est ici soulevée, «monstrum» signifiant à l'origine: attirer l'attention sur, avertir.
La vibration est due à la réverbération dans chacune des cavités d'une même fréquence sonore. Chaque pièce résonnent d'un son unique qui révèle leur individualité. Leurs mode de fabrication (coulée dans des moules) leur donne des caractéristiques d'épaisseur et donc de résonance propre. Ces formes au premier abord identiques, sur un mode de production mécanique, deviennent alors toutes uniques.
C'est le drone, né lors de la première ère industrielle (bruit ambiant des machines) qui paradoxalement le révèle.
C'est une attente méditative que propose cette forme, un moment de concentration qui révèle le temps de coulée mais aussi le temps de gestation des abeilles.


2011 Copie right, Musée des Moulages, Lyon

 
           
   
 
       
Sans titre, attente, 2010
 
           
  Thierry Liegeois

Thierry Liegeois en 1983 à Montbéliard, il a travaillé quatre années dans l’industrie automobile avant de reprendre des études aux Beaux-arts. Diplômé avec mention des Beaux-arts de Lyon en 2010 et lauréat du prix Hélène Linossier.


Je conçois des installations et des dispositifs sonores et visuels dont le fonctionnement tant matériel que symbolique s’appuie sur des bases culturelles communes, celle du rock, du métal et du film d’horreur. En m’appropriant certains objets populaires, je mets en oeuvre des systèmes souvent mécaniques (bien que narratifs, car culturellement référencés) qui transforment, traduisent ou diffusent, si ce n’est tout cela à la fois. Mes dispositifs regardent du côté de ce que l’on évacue, de ce que l’on n’entend pas ou que l’on ne voit pas.

White Trash, Redneck, et Working Class

Je m’intéresse de manière générale à la culture populaire, à ses objets et à ses musiques les plus contestataires et minoritaires. D’une manière plus précise, au monde ouvrier et rural qui fut propice à la naissance du rock, du punk, et du métal et inspira des films tel que «Massacre à la tronçonneuse» (Tobe Hooper 1974) ou «Sheitan» (Kim Chapiron 2006).

The Sad Garden (2011)
bois, légumes, terre, chapeau de feutre, pied de micro, cagoule cuir BDSM, platine, vinyl, lampe horticole.

Ce jardin de petite taille rappelle le jardin ouvrier, où j’ai tenté, en utilisant un épouvantail, du son et de la lumière artificiel,de faire ressentir le malaise qui règne aujourd’hui dans le monde du travail.
Animals des Pink Floyd, album sortit en 1977, critique l’Homme dans ses rapports sociaux en les classant par archétypes animaux : les cochons, les chiens, et les moutons. Dans cette installation, la lecture du vinyl est ralentie et lue en sens inverse, avançant l’idée que les rapports sociaux n’évoluent pas, vont à reculons tout en semblant avançer. Le sens du texte s’enfuit lui aussi. Les paroles devenues incompréhensibles évoquent l’impuissance de ces critiques pour changer les choses établies. L’épouvantail, lui, créé une tension, l’idée du danger, car il est d’habitude utilisé pour repousser et effrayer.
Mais il est ici pour protéger ; protéger la production. Il est le symbole de tous les problèmes liés à la hiérarchie et ses utilisations abusives : il est le surmenage, le harcèlement psychologique, le mépris,...
Enfin, j’ai placé ce jardin à l’intérieur, sous lumière artificielle, exprimant ainsi, cette situation voué à l’échec, à la stérilité, à cette vie contre-nature.
Domestiquer : j’ai dans un premier lieu pensé à la domestication des animaux, c’est à dire la mise en place d’un rapport de pouvoir entre dominant et dominé par le jeux de l’ordre et de la récompense.
Et il s’avère que l’humain fonctionne de la même manière que ce soit dans l’éducation d’un enfant ou dans la hiérarchie professionnelle. Hiérarchie entrainant souvent des déviances dans les rapports sociaux.
C’est ainsi que j’ai pensé à Animals des Pink Floyd utilisant l’animal pour métaphore : le cochon, le chien, et le mouton.
S’approprier: D’un point de vue plus formel, je m’approprie des objets du quotidien afin de les étudier et de les remanier, en vue d’en faire des objets communiquant. Ils entrent ainsi dans mon vocabulaire plastique.

2011 Les enfants du sabbat, Creux de l’enfer ,Thiers.
2010 Lauréat du prix Hélène Linossier
Les grands écrans du numérique, Médiathèque de Vaise, Lyon

 
           
   
 
       
Croquis de The Sad Garden 2011
 
           
  Bénédicte Thoraval

Bénédicte Thoraval est née à Brest en 1985. Elle obtient sont diplôme aux Beaux art de Lyon avec mention en 2010.

Je considère que tout fait image, c’est pourquoi, j’associe et superpose peintures, dessins, vidéos, objets, le plus souvent sous la forme d’installations, faites de bonds et de rebonds. Leur mise en espace éclatée est héritée du montage et du collage.
En général je prends pour point de départ des documents existants; des images imprimées, des photographies, des extraits de films qui par différentes opérations plastiques sont « renaturés ». J’associe à ces images des motifs trouvés.
Le titre de mes pièces peut être un indice sur la provenance des images ou au contraire crypter une première lecture et révéler un travail qui se fait par couches et croisements d’époques. Influencée par la Bd, l’expressivité chez Le Brun et la théâtralité chez Fahlström, je décline une variété de tonalités, du grotesque au fantasmagorique.
Mon intention est de lier une pensée logique et une pensée sensible qui accorde une importance à l’inconscient. Je développe ainsi un imaginaire artificiel et fragmenté.
Les notions de camouflage et d’anthropomorphisation présentes dans mes dessins questionnent la grille de lecture qui subsiste de l’influence de la fable, et de la figure animalière dans notre imaginaire collectif.
Les modules, montages de planches d’animaux du Dictionnaire Universel d’Histoire Naturelle de Charles d’Orbigny et de formes en bois connotent par leur format un jeu enfant, un objet familier détourné, ici, la notion de domestique s’insinue...
Cette appropriation de figures animalières résulte d’un croisement de codes établis et de mon imagination.
J’aimerais mettre en doute l’authenticité de ces figures. Comment peuvent-elles interagir sur notre perception et assimilation du monde animal ? Quels types de projections et affects découlent de ces représentations ?


2011 Silent Lectures, exposition sur une invitation de Kirsten Murphy, 6b, St-Denis, Seine-St-Denis
2010 Zéro Degré, exposition avec le collectif Contrebande, Ground Zéro, Lyon
San Francisco-Lyon, exposition en collaboration avec A. Feriot, A. Cmzil, Spacekraft Pompadour, Lyon
2009 Lindenau, exposition; appartement particulier, Leipzig, Allemagne
2006 People must be punished, publication, ENSBA, Lyon

 
           
   
 
       
Tête Orang-Outan psychédélique, 2010
 
           
       

Florent Dubois
florent.dubois.05@gmail.com
www.florentdubois.com

Eva Galtier
eva.galtier@gmail.com
evagaltier.com

Amélia Lett
amelia.lett@enba-lyon.org
www.l-a-s-t.fr

Thierry Liegeois
t.liegeois@hotmail.fr
http://thierry-liegeois.ultra-book.com

Bénédicte Thoraval
benedictethoraval@hotmail.fr